Histoire des SEL Poster un commentaire 

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Depuis toujours les sociétés se sont organisées autour d’échanges divers, la forme la plus simple étant le TROC : tu repeins ma cuisine, je répare ta voiture…

L’introduction de la monnaie, plus facile d’emploi, plus anonyme aussi détrôna vite ce moyen d’échange. Pourtant le système monétaire, s’il a un côté pratique, a aussi ses défauts. En effet, si la monnaie a été inventée pour favoriser les échanges, elle les empêche aussi souvent. Dans cette période de crise économique, nombreuses sont les personnes qui par manque d’argent, ne peuvent plus échanger.

C’est plus particulièrement le cas des chômeurs, éremistes, étudiants, ou retraités. De plus, ce système a été peu à peu détourné de sa vocation initiale puisqu’il sert de moins en moins aux échanges. En effet, selon les chiffres publiés par la Banque Mondiale, seulement 5 % de la monnaie existante dans le monde est utilisée pour des échanges réels… Les 95 % restant étant utilisés uniquement à des fins spéculatives.

Inventés sous leur forme actuelle, dans les années 80 par le canadien Michael LINTON, les L.E.T.S (Local Exchange Trading System), S.E.L.S en français se sont développés dans de nombreux pays, alimentés par la crise économique qui sévit et s’amplifie partout. La France s’y est mise en 1994, la Réunion en 1996. En 5 ans, plus de 400 S.E.L.S se sont crées sur l’ensemble du territoire français. Leur création part d’une constatation évidente : il n’y a pas forcément besoin d’argent pour échanger.

Ensuite, le principe est simple, le S.E.L. met en relation demandeurs et offreurs d’objets, de services ou de connaissances grâce à des annonces diffusées par un bulletin interne. Quand une annonce intéresse quelqu’un, il s’arrange avec l’offreur ou le demandeur, sur la valeur (en grains de sel pour nous) du service ou du bien échangé puis chacun remplit un coupon d’échange qui permettra au « Trésorier en grains de sel » d’augmenter ou de diminuer du montant de l’échange « le compte » de l’offreur ou du demandeur.

Grâce à ce système, il n’est donc plus besoin d’argent pour échanger et tout le monde peut participer. Au delà de ces considérations pratiques, faisons ensemble l’inventaire de ce que les S.E.L.S vont pouvoir permettre.

1. L’acquisition d’objets, services et savoirs inaccessibles autrement

Ces échanges ponctuelles, même de faible importance et de courte durée, permettant de compenser en partie la frustration née d’un accès limité à la société de consommation : cours de musique, petit bricolage etc…

2. Un réseau d’entraide et de solidarité de proximité

Permettant d’améliorer le quotidien autant social que matériel : « des coups de mains » ponctuels, courses, aide au déménagement, garde d’enfants ponctuelle,pannes de voiture, d’eau ou d’électricité…. A l’époque des villes nouvelles déshumanisées où règnent en maître indifférence et anonymat, quelle bouffée d’oxygène !

3. Reprise de confiance en soi, en ses compétences

Dans notre société, seule la notion d’emploi est valorisée. Être hors du circuit économique, c’est être exclu, se sentir abandonné, rejeté, inutile, ferment de toutes les problématiques : délinquance, alcoolisme… Le S.E.L. va pouvoir montrer que j’existe, que je vaux quelque chose, que je peux me rendre utile car on a besoin de moi. Dès lors, y adhérer peut permettre à chaque exclu de se sentir revalorisé, de retrouver une image positive de lui-même par la mise en valeur de potentialités personnelles, par la remise en application de savoirs personnels oubliés. Ainsi, avec le S.E.L., il peut y avoir reprise de confiance en soi, prise de conscience que l’on a des compétences et réapprentissage de la vie sociale. Qui n’a pas constaté que l’inactivité engendrait une tendance au repli et un affaiblissement des relations sociales ?

4. Le S.E.L. est aussi source de convivialité et d’amitié

Pas d’échanges sans rencontre, ceux-ci se renouvelant constamment. C’est le principe du S.E.L. qui ne se limite pas à la parution d’un bulletin d’annonces mais organise régulièrement des sorties conviviales et amicales, faites de troc, de repas en commun, de soirées guitare et de randonnées. Toutes ces activités étant partagées entre familles ou personnes de toute race et de tout niveau social. Ainsi, rencontrer l’autre, c’est créer le lien qui permettra l’échange. Beaucoup d’adhérents en situation d’isolement apprécient cet esprit d’ouverture, le TROC devenant presque un un alibi pour se rencontrer: acquisition de services, biens et savoirs, réseau d’entraide de proximité, réapprentissage de la vie collective et convivialité, voilà quelques caractéristiques essentielles des S.E.L.S… Pourtant, « L’ESPRIT S.E.L. » va beaucoup plus loin en permettant la ré-émergence de valeurs essentielles, trop souvent oubliées aujourd’hui :

5. La richesse de la différence

En effet, un S.E.L. rassemble des gens, non à partir d’une profession ou d’un statut…mais autour d’un état d’esprit basé sur l’amitié, la confiance, l’échange, la solidarité. Il n’y a que rarement dans notre société ce type de structures capable de regrouper à égalité un chef d’entreprise, un éremiste, un fonctionnaire, un retraité, un commerçant et un étudiant… Ce sont des catégories sociales qui d’ordinaire ne font que se croiser. Dans un S.E.L., aucune relation hiérarchique n’est possible. Nul n’est en position d’exiger un travail et d’être en position durable de faire faire compte tenu du caractère occasionnel et multilatéral, de l’échange. Il ne peut donc y avoir de relation de supériorité ou de dépendance.

6. Permettre à des gens qui ont des valeurs approchées de se rencontrer

Tisser des liens, participer à l’ébauche d’une société plus humaine et plus fraternelle. Quel idéal !

7. Dans un S.E.L. on se responsabilise dans une dynamique de relation de confiance

S’il y a un minimum de contrôle pour éviter toute dérive : statuts, charte, contrôle des échanges par le Trésorier en grains de sel, chacun reste libre d’offrir ce qu’il veut et auto-contrôle ses échanges. La confiance entre membres est naturelle et spontanée ce qui change des relations sociales habituelles.

8. Le S.E.L. développe aussi la réciprocité de l’échange comme moyen de promouvoir une démocratie locale

En effet, les personnes peu portées sur l’échange finissent parla force des choses, par se séparer du groupe en ne renouvelant pas leur cotisation. De plus, nos échanges sont de plus en plus « comptabilisés » en termes de temps plus que de nature. Il n’y a pas de « tâches nobles » : cours de physique, de yoga… ou de tâches ingrates : petit jardinage ou bricolage ponctuel etc… Toutes sont évaluées en temps et de valeur identique. A chaque bien, savoir ou service offert, l’adhérent est tenu par une obligation de retour, de réciprocité vis à vis du groupe. La triple obligation de donner, recevoir et rendre crée des liens entre les membres du groupe, cette réciprocité organisée tendant à densifier les rapports sociaux.

9. Le S.E.L. tend à préserver liberté et égalité en matière d’échanges

Les monopoles et concentrations actuels tendent à supprimer ces valeurs essentielles. C’est le plus fort qui mange ou tue le plus faible. Les activités d’échanges des S.E.L. reposent sur la transparence des règles et l’apprentissage du débat contradictoire et démocratique. Les services peu qualifiés sont réévalués et il y a liberté des « prix ». Dans un S.E.L., la « monnaie » est essentiellement une valeur d’échange, une façon de les réguler et non de capitaliser des richesses.

10. La richesse valorisée dans un S.E.L. est la disponibilité

Plus que la compétence, la disponibilité est essentielle puisque nous ne sommes pas dans une logique de rentabilité par laquelle serait recherchée une réduction du temps de production. Chez nous, les exclus du système dominent et se trouvent enrichis par un système qui favorise la disponibilité. Ce temps mis à profit pour échanger permet un enrichissement en « monnaie de sel » et contribue à solvabiliser une demande qui autrement n’aurait pu l’être.

11. Dans un S.E.L. on se réapproprie la notion de plaisir et de partage

Car on y fait ce qui nous plaît. Ainsi, on ne demande jamais à quelqu’un ce qu’il sait faire, mais ce qu’il aime faire et de dresser l’inventaire des services et savoirs qu’il veut offrir – ce ne sont donc pas les compétences professionnelles mais bien les hobbies et les passions que l’on encourage à partager.

12. La chaleur de l’accueil d’une nouvelle famille

Enfin, dans une société qui tend à distendre les relations familiales, ce type de structure permet aux personnes nouvellement arrivées dans une région déterminée de ne plus être considérés comme des « étrangers » mais de trouver dès leur arrivée : amitié, confiance, convivialité, ce qui ne peut constituer qu’une facilitation essentielle pour leur intégration et celle de leur famille. Les différences de statuts, couleur de peau, niveau social s’estompant immédiatement, les nouveaux venus trouvent dans le S.E.L. la chaleur de l’accueil d’une nouvelle famille.

Nous avons désormais grâce aux S.E.L.S l’excellente occasion de vivre nos rêves et nos espoirs. Ne la laissons pas échapper, adhérons en confiance à REUNiSEL gardons notre enthousiasme intact, parlons-en autour de nous et vivons nos valeurs ensemble !

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